Covid-19 : des risques inégaux selon le groupe sanguin

LouiseLeboyerjournaliste santéPublié le , mis à jour le en collaboration avecJacques Le Pendu, directeur de recherche à l’Inserm

Selon plusieurs études, le groupe sanguin O serait moins à risque d’être contaminé par le Covid-19, mais également moins sujet à certaines complications dues aux formes sévères du virus.

  1. Des anticorps naturels pour empêcher la transmission
  2. Une efficacité selon la représentation des groupes ABO dans la population
  3. Formes sévères du Covid : le groupe O moins à risques de certaines complications
  4. Une protection insuffisante
  5. Les personnes du groupe A plus à même d'être infectées ?
  6. Une étude contradictoire relance les débats

Développée dès mars, l’idée selon laquelle les groupes sanguins seraient affectés différemment par le Covid-19 a une nouvelle fois été confirmée. Le 22 janvier, des chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Nantes publiaient dans Viruses l’étude "Groupes sanguins A,B, et O et COVID-19: relation fallacieuse, anecdotique ou significative ?" dans laquelle ils analysent les liens entre le virus et son impact selon le groupe sanguin.

Par le biais de l’analyse de plus d’une quarantaine d’études, les chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Nantes ont pu "faire le point sur ces relations qui avaient été rapportées entre les groupes sanguins ABO et la covid-19, voir si c’était solide et quelles pouvaient être leurs significations" explique Jacques Le Pendu, directeur de recherches à l’Inserm et l’un des auteurs de l’étude.

Les personnes du groupe sanguin O seraient à la fois mieux protégées face à l’infection, mais également, moins à risque de développer des complications lorsqu'elles sont atteintes de formes sévères du coronavirus.

Deux phénomènes "bien distincts", insiste Jacques Le Pendu, mais tous deux dans le sens "d’un risque diminué pour le groupe O".

Des anticorps naturels pour empêcher la transmission

"Il y a bien une relation entre les groupes sanguins et le risque d’infection par le Sars Cov -2. Il y a un consensus autour de ça qui se dégage" assure le chercheur spécialiste de la glycobiologie et des groupes ABO.

Lors de la transmission du virus d’une personne à une autre, "le virus se sert de protéines dont il est enveloppé, notamment la protéine Spike, recouverte d’une grosse couche de sucre, pour se cacher du système immunitaire". La particule virale, elle, porte les étiquettes ABO du porteur d’origine.

En face, les antigènes ABO de la personne "sont présents sur les barrières épithéliales, c’est-à-dire les cellules de l’arbre respiratoire (naso-pharynx, la trachée et les grandes bronches), le tube digestif (muqueuse buccale, intestin grêle) et même les cellules qui tapissent le tractus génito-urinaire". Le "groupe sanguin" est donc présent sur "les portes d’entrée des pathogènes".

Covid-19 : des risques inégaux selon le groupe sanguin

Partant de ce principe, une théorie, démontrée lors de l’épidémie du SRAS du début des années 2000, mais devant encore être confirmée pour le Covid-19, suppose que : "Les anticorps naturels anti-ABO, qui sont essentiels pour définir les règles de la transfusion sanguine, le serait aussi pour neutraliser le virus dans la situation d’incompatibilité au moment de la transmission du virus. Si quelqu’un de groupe sanguin A transmet le virus à une personne O, ses anticorps anti-A pourraient neutraliser le virus", résume Jacques Le Pendu.

Les personnes du groupe O seraient ainsi capables de se protéger de la transmission du virus par les autres groupes sanguins.

Une efficacité selon la représentation des groupes ABO dans la population

"Le risque est variable d’un pays à un autre en fonction de la fréquence des groupes sanguins dans la population" explique Jacques Le Pendu "L’effet ne se voit pas dans les pays où il y énormément de groupes sanguins O, comme en Amérique du sud. Lorsque vous avez un équilibre entre les gens de chaque groupe sanguin, comme en Corée du Sud, le risque pour les O est diminué".

Si les groupes sanguins sont équitablement représentés, le nombre d’interactions incompatibles ABO seront plus importants. "Plus vous aurez d’interactions incompatibles ABO dans une population plus l’épidémie devrait être, au moins, ralentie".

"Dans les pays où vous avez énormément de groupe sanguin O, et une mauvaise représentation soit du A, soit du B, soit des deux, c’est le cas du Pérou, alors vous avez un nombre de cas et une séroprévalence importants", illustre le chercheur. Malgré l’application de mesures efficaces dans d’autres pays, le Pérou manquera de "cette protection naturelle qui diminue le risque global".

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"Si le mécanisme est bien celui qu’on prédit, l’impact est énorme à l’échelle des populations" assure Jacques Le Pendu.

Formes sévères du Covid : le groupe O moins à risques de certaines complications

Contrairement à certaines idées reçues, le groupe O ne prévient pas du développement de formes graves du Covid-19. En revanche, il pourrait éviter certaines complications.

"Une fois qu’on a développé la forme grave, alors il y a un impact" explique le chercheur. "Les personnes du groupe sanguin O ont un risque un peu diminué de mortalité ou se remettent un peu plus rapidement".

Certaines complications sont moins fréquentes chez les personnes du groupe sanguin O en raison des facteurs de coagulation. "Les groupes O ont 30% de moins de facteurs de coagulation et ont moins de risques de développer des thromboses ou des micro-thromboses capillaires" commence le directeur de recherche de l’Inserm, "Il y a un certain nombre de maladies cardio-vasculaires dont on sait depuis longtemps que le risque est associé aux groupes sanguins ABO. Et c’est ce qu’on retrouve dans les formes sévères de la Covid-19, avec les micro-thromboses pulmonaires".

Une protection insuffisante

Si le groupe sanguin semble avoir un impact sur la transmission du virus et le développement de complications dans les formes sévères, il ne saurait servir de protection. Ces données permettent d’évaluer les probabilités de ralentissement de l’épidémie et non l’absence de risque individuellement.

"Les gens restent, même s’ils sont du groupe sanguin O, à risque d’être infectés et ça ne change rien à ce qu’on doit faire en terme de respect des gestes barrières", a tenu à rappeler Jacques Le Pendu.

Les personnes du groupe A plus à même d'être infectées ?

Une nouvelle étude publiée le 3 mars dans Blood Advances suggère que les personnes du groupe sanguin A ont, non seulement, plus de risques d'être infectées par le virus mais également de développer des formes plus sévères. Les recherches ont montré que la protéine a la surface du virus a des affinités particulières avec le groupe A et en particuliers avec les antigènes présents sur les cellules de la gorge et des poumons. Et ce, plus que pour les autres groupes sanguins.

"Si les patients sont plus susceptibles de contracter le virus lorsqu'ils sont du groupe sanguin A, ils peuvent également être plus susceptibles d'être infectés par plus de virions du SRAS-CoV-2, ce qui a été associé à une progression plus grave de la maladie", a confié Sean R. Stowell, qui a dirigé le groupe de recherche, à La Vanguardia.

Les chercheurs de l'école de médecine de Harvard, à l'origine de l'étude, assurent que ces résultats pourraient aider la recherche à développer des substances capables d'inhiber ou de prévenir l'infection.

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Une étude contradictoire relance les débats

Publiées sur Jama Network, les recherches des médecins du centre médical de recherche en cardiologie de Salt Lake City aux États-Unis semblent contredire les résultats précédents. En analysant les données de 107 796 personnes, dont 11 468 ont été testée positives au Covid-19, les chercheurs ont confirmé l'âge et le sexe comme facteurs de risque (les hommes et les personnes âgées sont plus à risque).

Cependant, ils n'ont pas pu mettre en évidence une corrélation entre groupe sanguin et infection ou forme sévère du coronavirus. Une nouvelle étude qui contredit donc de nombreuses autres. Les résultats contraires des études antérieures sur "échantillon réduit" pourraient être dus "à des variations fortuites, à des biais de publication, à des différences dans le patrimoine génétique, la géographie et l'environnement, et les souches virales" selon l'équipe de Salt Lake City. De nouvelles recherches devraient voir le jour pour déterminer si, oui ou non, il existe un lien entre groupes sanguins et l'infection ou les formes sévères du Covid-19.

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