Santé : cette alternative au projet de “Grande Sécu” qui fait pester les mutuelles

Big bang en vue ? Le Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie (HCAAM) doit présenter, dans le courant du mois de novembre, des pistes d’amélioration du rapport entre l’Assurance maladie et les complémentaires santé. Plane au-dessus de ce rapport, l’idée de créer une “Grande Sécu”, comme le révèlent les Échos. Concrètement pour les assurés, il s’agirait d’avoir un seul et unique organisme de remboursement pour un même soin. Si la réalisation concrète d’un tel projet s’invitera sûrement dans les débats de la présidentielle, pour Frédéric Bizard, économiste, créateur de l’Institut santé et auteur du livre “l’autonomie solidaire en santé”, Assurance maladie et complémentaires santé peuvent continuer à coexister, à condition de définir clairement leur rôle.

Capital : Les modalités de remboursement des soins doivent-elles être entièrement revues ?

Frédéric Bizard : Le système de financement actuel est très inefficace et très inégalitaire. Notre système de financement a dérivé car l’Assurance maladie est le seul financeur à assurer le vrai risque. J’entends par là le risque qui peut générer une paupérisation des personnes par rapport à des frais de santé. Ainsi, dès que vous avez une affection longue durée qui peut générer des soins importants, vous êtes remboursé à 100 % par la Sécurité sociale. Dès que vous avez une opération chirurgicale très importante qui peut se traduire par des dizaines de milliers d’euros, la Sécu vous rembourse à plus de 90 %. Même chose pour les médicaments très coûteux. C’est ce poids des affections longue durée qui représente près de deux tiers des dépenses pour l’Assurance maladie. Ces dépenses sont en forte croissance, notamment en raison du vieillissement de la population.

Capital : De l’autre côté, ce sont les complémentaires qui remboursent les soins plus courants comme l’optique ou le dentaire…

Santé : cette alternative au projet de “Grande Sécu” qui fait pester les mutuelles

Frédéric Bizard : Il y a eu un désengagement de l’Assurance maladie pour les soins courants. Cela s’est fait en revalorisant peu depuis 40 ans les tarifs des soins dentaires, les soins courants des médecins généralistes ou les soins infirmiers. Donc les assureurs privés se sont substitués, avec l’aval des pouvoirs publics, à la prise en charge de ces soins courants. Or, le développement des contrats collectifs, avec la prise en charge de la moitié de la prime par l’employeur, profite aux salariés qui n’ont en général pas besoin d’une protection très importante. Alors, qu’en parallèle, ceux qui doivent être bien protégés comme les chômeurs ou les retraités ne bénéficient pas de cette prise en charge. Cela leur coûte très cher et ils sont mal protégés.

Capital : Pour éviter cette situation la solution serait-elle de créer une “Grande Sécu”, comme le prône un scénario de l’HCAAM ?

Frédéric Bizard : Le débat sur cette “Grande Sécu” est en train de prendre une direction qui garantit que rien ne va se passer. On dit : “on va être radical, on va supprimer les mutuelles et on va augmenter de 23 milliards les dépenses publiques”. Tout ça n’est pas très sérieux dans un contexte où les comptes publics sont en train de dérailler. En revanche, c’est un sujet très sérieux, qui est simple à résoudre.

Capital : Comment ?

Frédéric Bizard : À l’Institut santé, nous travaillons depuis trois ans à la refonte du système de santé. Pour rendre ce système efficace, il faut dire qui finance quoi et n’avoir qu’un seul financeur par prestation de santé. Dans le système auquel nous réfléchissons, les complémentaires ne viendraient plus compléter le financement public mais seraient uniquement financeurs de certaines prestations, là où elles sont déjà majoritaires. Il s’agit par l’exemple de l’optique, des prothèses dentaires, des audioprothèses ou encore du transport sanitaire.

Capital : Le coût de cette réorganisation pourrait être très important pour la Sécurité sociale ?

Frédéric Bizard : Pas forcément car vous faites déjà des économies de gestion colossales en limitant les allers-retours entre Sécu et mutuelle. Les coûts de gestion de l‘Assurance maladie et des complémentaires c’est 15 milliards d’euros. Il faut aussi réajuster le montant ticket modérateur (montant que la Sécurité sociale laisse à la charge de l’assuré, ndlr), faire qu’il soit bien payé, et garder les exonérations existantes pour les ménages les plus modestes, les femmes enceintes ou encore les personnes souffrant d’une affection longue durée. Vous avez donc un ticket modérateur qui représente une petite somme, mais comme il y a des centaines de millions de consultations, ces petites sommes font des milliards. Ajoutons aussi qu’avec le système que nous proposons, la Sécu économisera des milliards d’euros en ne finançant plus certains soins comme les prothèses dentaires (qui seraient à la charge des mutuelles, ndlr).

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Capital : Quels seraient les gains de cette refonte pour les assurés ?

Frédéric Bizard : Le premier gain est une meilleure lisibilité. Aujourd’hui si vous allez chez le dentiste vous êtes incapable de savoir qui paie quoi. Ce ne sera donc plus le cas. Ensuite le système serait plus équitable. Pour cela, il faudrait réguler aussi le marché de l’assurance privée avec un contrat standard qui soit un étalon du système. Cela permet au marché d’être transparent et de l’organiser selon le vrai modèle assurantiel. Vous revenez à une affiliation individuelle, et non plus collective d’entreprise, pour vraiment mutualiser tous les risques. Vous rendez le financement privé solidaire ce qui permet de baisser considérablement la prime. Ainsi ceux qui sont les grands consommateurs de ces soins comme les retraités pourront payer moins tout en étant mieux protégés. C’est une souscription individuelle mutualisée sur toute la population.

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