Cancer du poumon "non opérable" : qu’est-ce que ça signifie ?

Chaque année en France, environ 40.000 nouveaux cas de cancer du poumon sont diagnostiqués. Mardi 25 janvier 2022, Florent Pagny a annoncé être atteint de cette maladie. "On vient de me diagnostiquer une tumeur au poumon, une tumeur cancéreuse pas très sympathique qui ne peut pas s’opérer", a-t-il expliqué dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux. Le chanteur a ensuite ajouté qu’il entrait "dans un protocole de six mois de chimiothérapie et de rayons X".

Mais qu’est-ce qu’une tumeur non opérable ? Pour le comprendre, il convient dans un premier temps de rappeler les différents types et stades du cancer du poumon, avec le Dr Radj Gervais, pneumo-oncologue au Centre de lutte contre le cancer François Baclesse de Caen (CLCC).

Cancer opérable ou non : l’importance du type de cancer et du stade

Il existe deux types de cancer du poumon : le cancer à petites cellules, qui représente environ 15 % des cancers du poumon selon l'Institut national du cancer (Inca) et le cancer non à petites cellules, aussi appelé cancer à grandes cellules, qui représente environ 85% des cancers du poumon.

Une idée reçue persiste quant au pronostic associé à chacun de ces types de cancer : celle selon laquelle "celui à petites cellules aurait un mauvais pronostic, tandis que celui à grandes cellules pourrait être guéri. En réalité, tout dépend du stade du cancer", rectifie le Dr Radj Gervais.

Le pneumo-oncologue résume les différents stades du cancer du poumon en utilisant les termes suivants : "localisé", "localement avancé" et "métastatique". Le fait qu’un cancer soit opérable ou non dépend ainsi du type de cancer, mais aussi de son stade. Alors, dans quels cas parle-t-on de cancer "non opérable" ?

Cancer du poumon : dans quels cas est-il "non opérable" ?

Le cancer bronchique à petites cellules a la particularité de se propager plus vite que celui à grandes cellules. "On s’est rendu compte qu’il ne fallait pas l’opérer, car même si l’on ne voit pas de métastases lors des examens, il en existe sûrement", explique le Dr Radj Gervais. Le traitement repose donc sur de la chimiothérapie et de la radiothérapie.

Cancer du poumon

-Au stade "localisé"

A ce stade, la tumeur est localisée et une opération peut être réalisée lorsque celle-ci est "résécable", autrement dit qu’elle peut être retirée entièrement. "Si le chirurgien retire 99% de la tumeur mais en laisse 1%, c’est presque comme si l’on avait rien fait", précise le pneumo-oncologue.

La réalisation de l’opération ne dépend pas seulement de la tumeur, mais aussi du patient : ce dernier doit être "opérable". "On le sait : le cancer du poumon est majoritairement dû à la consommation de tabac, qui est également la cause de l’emphysème pulmonaire ou encore de problèmes cardiaques. Or, même en cas de cancer localisé un patient fumeur qui souffre d’un emphysème ne va pas forcément supporter l’opération", explique le pneumo-oncologue.

La chirurgie ne peut donc être envisagée que si la tumeur est résécable et le patient opérable. Si ce dernier ne l’est pas, une radiothérapie peut être mise en place.

-Au stade "localement avancé"

A ce stade, la tumeur ne s’est pas propagée à l’extérieur du thorax mais s’est développée de façon importante au niveau local, ce qui fait que le chirurgien ne peut pas la retirer entièrement. Une opération n’est donc pas envisageable, mais une radiothérapie ainsi qu’une chimiothérapie peuvent être mises en place. "Si la chimiothérapie et les rayons permettent de faire diminuer la tumeur, une opération peut éventuellement avoir lieu dans un second temps, mais cela est rare", précise le pneumo-oncologue. Par la suite, une immunothérapie peut aussi être mise en place pour consolider les résultats des traitements.

-Au stade "métastatique"

A ce stade, le cancer est né dans le poumon et a donné des métastases. Il n’est pas possible d’opérer : "seuls des médicaments peuvent agir, à savoir une chimiothérapie en intraveineuse, une immunothérapie administrée par perfusion ainsi qu’une thérapie ciblée orale". L’objectif ? Bloquer le cancer.

Des progrès dans les traitements du cancer du poumon

Ces vingt dernières années, des progrès ont été réalisés dans les traitements du cancer. "Avant, la seule option pour traiter le cancer du poumon métastatique à grandes cellules était la chimiothérapie, un médicament toxique et pas toujours efficace", explique le pneumo-oncologue. Les thérapies ciblées, qui permettent donc de cibler les anomalies des cellules cancéreuses sont ensuite apparues, suivies de l’immunothérapie, qui réveille l’immunité du patient afin que celle-ci se retourne contre le cancer. "Grâce à l’immunothérapie, on commence à parler de guérison dans certains cas, ce qui était impossible il y a encore quelques années avec un cancer du poumon métastatique", note le Dr Radj Gervais.

La meilleure façon de lutter contre cette maladie reste cependant la prévention, car 90% des cancers du poumon sont liés à la consommation de tabac. Le dépistage permet également de sauver des vies, car il permet un diagnostic plus précoce et une meilleure prise en charge. "L’idéal serait de mettre en place un dépistage systématique pour les personnes qui ont fumé et une vraie stratégie de prévention pour les autres", conclut le pneumo-oncologue.

Merci au Dr Radj Gervais, pneumo-oncologue au Centre de lutte contre le cancer François Baclesse de Caen (CLCC) ainsi qu’à Unicancer, réseau des Centres de lutte contre le cancer.

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