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« LinkedIn n’est pas un site de rencontres » : la colère des femmes face aux messages déplacés

« Bonjour cv trop belle », « T’es belle, est-ce qu’on peut se tutoyer ? », « Tu es très jolie passe une bonne journée », « Enchanté je suis libre pour que l’on fasse connaissance » ... Après un énième message inapproprié, Chloé en a eu assez. Il y a quinze jours, La jeune étudiante en école de commerce décide de poster son « coup de gueule » sur LinkedIn. « Je reçois de plus en plus des messages privés qui n’ont strictement rien à voir avec du contenu professionnel », écrit-elle alors. « Pensez-vous sérieusement que cela est un comportement approprié ? Et encore pire, trouvez-vous cela normal d’envoyer ce genre de message à quelqu’un qui a 20 ans de moins que vous ? […] À bon entendeur ».

Lire aussi >> Réseaux sociaux professionnels : pourquoi il faut y être

Rapidement, son post circule sur le réseau professionnel, et trouve un large écho. Il comptabilise à ce jour 15 410 j’aime et 560 commentaires. « Je sais que je ne suis pas la seule à qui c’est arrivé », nous raconte Chloé par téléphone. « Je parle aussi pour toutes ces filles-là. Il y en a plein qui m’ont remerciée suite à cela, par message, en commentaire, en me disant : “merci, moi je n’aurai pas osé...” ». D’autres, comme elle, témoignent de leur mauvaise expérience sur LinkedIn :

« Ça m’a quand même découragée dans mes recherches »

Certaines approches sont plus difficiles à détecter, du moins dans un premier temps. Lezia, 21 ans, étudiante en deuxième année de DUT Qualité logistique industrielle et organisation, en a fait les frais. Un homme l’a contactée sur LinkedIn par message, alors qu’elle était en recherche de stage. « D’abord, il me pose des questions sur mes études, mais rapidement il me questionne aussi sur ma vie privée », se souvient la jeune femme. « Je lui ai dit que LinkedIn n’était pas un site de rencontres ». Inscrite depuis septembre 2020, Lezia a aussi été sollicitée par trois hommes différents sur WhatsApp. « Quand je leur demandais comment ils avaient eu mon numéro, ils me répondaient qu’ils l’avaient trouvé sur CV, disponible sur mon profil LinkedIn », ajoute Lezia. L’un deux dit occuper le poste de Responsable qualité, un autre l’appelle à plusieurs reprises. « À ce moment-là, je me demande vraiment ce qui est en train de se passer, se remémore l’étudiante. Ça m’a quand même découragée dans mes recherches au début. LinkedIn est fréquenté par des gens qu’on peut considérer comme des modèles de réussite. Quand un homme de 40, 50 ans t’appelle bébé, est insistant, c’est perturbant ».

« LinkedIn n’est pas un site de rencontres » : la colère des femmes face aux messages déplacés

Pour Cynthia aussi, les messages ne se sont pas arrêtés à LinkedIn. Après un échange avec un homme sur la plateforme professionnelle, auquel elle coupe court, ce dernier l’interpelle sur Facebook. « Il m'a contactée sur Facebook parce que je ne lui répondais pas », relate cette auto-entrepreneure de 26 ans. « Ensuite, il est revenu sur LinkedIn parce que je l’avais bloqué sur Facebook et me l’a reproché. Je lui ai fait comprendre que c’était déplacé. J’ai l’impression qu’il m’a cherchée partout sur Internet, ça me faisait assez flipper quand même ».

« À LinkedIn de jouer les modérateurs »

Désagréables, envahissants, voire inquiétants, ces comportements ne sont pour la plupart pas condamnables par la justice. « Sur le plan pénal, il n’y a pas grand-chose à faire », analyse Nathalie Leroy, avocate spécialisée sur les questions de harcèlement sexuel, de harcèlement moral, de discrimination femme-homme et de sexisme en entreprise. « Ouvertement, il n’y a pas de connotation sexuelle ». Certaines approches pourraient relever du « harcèlement moral, du harcèlement sexuel ou de l’outrage sexiste », mentionne Nathalie Leroy. « Mais encore faut-il qu’on ait tous les éléments qui le prouvent. […] Je pense que c’est à LinkedIn de jouer les modérateurs, et de rappeler les règles d’utilisation de leur plateforme ».

Contactés, les représentants de LinkedIn France assurent être vigilants sur la question. Les comportements abusifs peuvent être signalés, et leurs auteurs, bloqués : « Nous nous appliquons à faire en sorte que LinkedIn soit un espace sûr pour les femmes et nous ne tolérons aucune forme de sexisme ou de harcèlement », affirment-ils par mail. « Nos équipes prennent continuellement en compte les commentaires de nos membres féminins afin de leur assurer une expérience sécurisée. Nous avons également ajouté des rappels afin de faire en sorte que les conversations restent professionnelles dans les posts, messages et commentaires. […] Par ailleurs, une procédure de signalement plus transparente a été intégrée afin d'assurer à nos membres un suivi suite aux signalements qu’ils nous transmettent ».

La plateforme a tout intérêt à prendre en compte les plaintes de ces utilisatrices, qui, sans cela, pourraient se détourner du réseau. « C'est ennuyeux à la fin », déclare Béatrice*, 53 ans, enseignante en langues. « Pendant un temps j’ai arrêté de venir sur LinkedIn. Quand je m’y rendais, j'évitais de commenter, j’avais l'impression qu'il y avait des prédateurs à l'affût du moindre visage plaisant. »

*Le prénom a été modifié.

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