Lisez un extrait exclusif du livre «Code Cancer» 4. LES CANCÉROGÈNES

Quelles sont les causes du cancer? C’est la question à un million de dollars (ou devrais-je dire un milliard?). La plupart des gens, y compris de nombreux professionnels de la santé, répondraient que le cancer est causé par des mutations génétiques. La Mayo Clinic déclare carrément sur son site web que «le cancer est causé par des changements (mutations) de l’ADN dans les cellules». Ce n’est pas strictement juste. Sauf dans de rares cas, les mutations génétiques sont le mécanisme, et non la cause, de la maladie. Une cellule qui développe un certain nombre de mutations génétiques devient un cancer. C’est ainsi que le cancer se développe. Mais pourquoi a-t-elle développé ces mutations? C’est la cause profonde du cancer. Par exemple, quelles sont les causes du cancer du poumon? Il serait plus juste de dire que le tabagisme entraîne le cancer plutôt que de dire que les mutations génétiques dans les cellules X, Y et Z provoquent le cancer.

Les facteurs responsables du développement du cancer sont appelés «cancérogènes», et nous les connaissons depuis des siècles. En 1761, le Dr John Hill de Londres, médecin, botaniste et écrivain médical, décrit le premier agent cancérogène externe, un type de tabac sans fumée. Le tabac a été utilisé pour la première fois par les membres des Premières Nations. Les explorateurs européens ont apporté la variole dans le Nouveau Monde et ramené le tabac dans l’Ancien Monde. Je ne pourrais dire lequel a tué le plus de gens au fil du temps. En 1614, le tabac était largement vendu en Europe, avec environ sept mille boutiques à Londres seulement. Le tabac à fumer, considéré comme rustre et insalubre, a été remplacé dans la société polie par le tabac à priser, alors qu’une pincée de tabac moulu est inhalée, ou «prisée», généralement après avoir été mis sur le dos de la main, entre le pouce et l’index. (En médecine, cette zone est encore parfois appelée la «tabatière anatomique».) Le Dr Hill a décrit deux cas de «polypes» du nez, qu’il croyait être cancéreux.

Il s’agit de la première description connue d’un cancérogène, d’une substance chimique qui cause le cancer. Le tabac est rarement prisé de nos jours, la pratique ayant largement disparu avec l’utilisation du monocle et du pardessus, de sorte que cela est d’une importance clinique limitée.

Bien que l’association entre le tabac à priser et le cancer soit suggestive, sir Percivall Pott (1714-1788) a fourni des preuves plus définitives des produits chimiques à l’origine du cancer. Considéré comme l’un des plus grands chirurgiens de son époque, Pott, né à Londres, est apprenti à l’hôpital St Bartholomew et obtient le Grand Diplôme de la Court of Examiners of the Company of Barbers and Surgeons. Après avoir subi une fracture ouverte de la cheville en 1756, il apporta – en observateur avisé de la maladie – une nouvelle perspective révolutionnaire à une variété de sujets médicaux pendant sa convalescence forcée. On se souvient de lui pour la «fracture de Pott» de la cheville, pour le «mal de Pott», provoqué par la tuberculose, et pour avoir découvert la cause du cancer du scrotum.

En 1775, Pott décrit l’épidémie grandissante de cancer du scrotum, qui était un fléau particulier aux ramoneurs de cheminées de Londres. Le grand incendie de Londres, en 1666, avait forcé la mise en place d’une nouvelle législation sur le plan des incendies, exigeant des configurations plus petites et plus tortueuses des cheminées. Cette mesure a réduit les risques d’un autre incendie majeur, mais a rendu le nettoyage de ces nouvelles cheminées à l’aide de longues brosses droites infiniment plus difficile. En outre, la conception torsadée entraînait une accumulation accrue de suie et de créosote et demandait un nettoyage plus fréquent. Donc les cheminées étaient plus petites, plus sales et plus difficiles à nettoyer. La solution? On envoie des enfants faire le travail! Les apprentis ramoneurs commençaient dès trois ans et demi, mais la plupart étaient âgés de plus de six ans, seulement parce qu’on considérait qu’ils étaient trop faibles, incapables de travailler de longues heures, qu’ils allaient trop facilement «s’éteindre» (mourir). L’accord d’apprenti exigeait un bain hebdomadaire, mais la plupart suivaient la tradition commune aux ramoneurs de cheminées de Londres, qui était de trois bains par an. Après tout, pourquoi prendre un bain aujourd’hui si vous alliez grimper dans une cheminée poussiéreuse, sale et dangereuse demain?

Cent ans plus tard, en 1773, un Anglais influent nommé Jonas Hanway fut troublé d’apprendre que seuls sept orphelins sur cent survivaient plus d’un an. Les enfants étaient souvent affectés à des maisons de travail, où les conditions de vie étaient lamentables. Hanway a persuadé les législateurs de limiter le travail des enfants, ce qui a forcé des milliers de jeunes affamés à vivre dans la rue. Pour beaucoup, la seule solution, à part mourir de faim, était de risquer leur vie en haut d’une cheminée crachant de la vapeur chaude afin de brosser de la suie. Les maîtres ramoneurs employaient des dizaines d’apprentis, autant qu’ils pouvaient se permettre de nourrir.

Il y avait un million d’horribles et douloureuses façons de mourir pour les enfants ramoneurs de Londres. Ils restaient coincés à l’intérieur des cheminées, tombaient de grandes hauteurs, étouffaient quand la suie tombait sur eux ou brûlaient. S’ils survivaient jusqu’à la puberté, une dernière horreur les attendait souvent : le cancer des ramoneurs. Dès l’âge de huit ans, des enfants ont reçu un diagnostic de cancer du scrotum. Tout cela commençait avec ce qu’ils appelaient une «verrue de suie». Si elle était repérée assez tôt, la verrue de suie était coupée avec un rasoir. Sinon, le cancer envahissait la peau, entrait dans le scrotum et les testicules, puis dans l’abdomen. C’était douloureusement dévastateur et généralement fatal.

Il s’agissait évidemment d’un risque professionnel, car le cancer du scrotum était extrêmement rare dans toutes les autres circonstances. Il était également assez rare en dehors de l’Angleterre, où de meilleurs vêtements de protection étaient disponibles. La suie causait le cancer du scrotum, a réalisé Pott, en se logeant dans les plis de la peau scrotale et en provoquant une irritation chronique. Quand la situation critique des ramoneurs a été reconnue, des lois ont été adoptées pour protéger les enfants, et la maladie a disparu une fois de plus.

Le benzopyrène, produit chimique présent dans le goudron de houille et principal composant de la suie, était probablement l’élément cancérogène. Bien que la suie soit l’un des cas les mieux étudiés de cancérogènes chimiques, elle ne serait que le premier d’un grand nombre d’entre eux.

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L’AMIANTE

À certains égards, l’amiante était le matériau parfait de l’ère industrielle. C’est un minéral naturel abondant qui peut être tissé sous forme de tissu léger. Il est à la fois ignifuge et un excellent isolant. Alors que le monde passait des voitures à cheval aux moteurs à vapeur, aux automobiles et aux grandes machines de l’époque, le besoin d’un matériau résistant au feu et à l’électricité a augmenté de façon exponentielle. Malheureusement, il a également provoqué le cancer. L’amiante était un composé idéal pour les vêtements de protection, l’isolation et d’autres produits pour la maison. Les fibres d’amiante sont flexibles, souples et faciles à façonner en vêtements, en matériaux d’isolation pour les murs et les tuyaux. La Seconde Guerre mondiale a généré une énorme demande de matériaux ignifuges, en particulier dans les navires de la marine. En Amérique du Nord, l’amiante était souvent mélangé dans du béton et d’autres matériaux de construction pour améliorer la sécurité contre les risques d’incendie. Il a finalement trouvé son chemin dans les bâtiments nord-américains, exposant des millions de personnes dans leurs propres maisons au moyen de systèmes d’isolation, de chauffage et de refroidissement.

L’amiante est utilisé depuis l’époque de l’Égypte antique. Les linceuls d’amiante protégeaient les corps embaumés des pharaons, comme il est indiqué dans les documents écrits de l’ancien historien grec Hérodote. Les anciens Romains tissaient de l’amiante dans les nappes, les chiffons et les serviettes, qui pouvaient ensuite être nettoyés en étant simplement jetés dans le feu. Une bonne astuce.

Même à ce moment, on reconnaissait les effets toxiques de l’amiante. Le géographe grec Strabo a écrit que les mineurs esclaves des carrières d’amiante souffraient souvent d’une «maladie des poumons». À Rome, les travailleurs de l’amiante ont essayé de se protéger en couvrant leur nez et leur bouche avec la fine membrane de la vessie d’une chèvre.

L’amiante était utile et coûteux, et les vies humaines étaient bon marché. Donc, chaque fois qu’un tissu ignifuge était nécessaire, l’amiante répondait au besoin. De la monnaie ignifuge? L’amiante a été utilisé dans les billets de banque au xixe siècle par le gouvernement italien. Des vêtements ignifuges? Les pompiers parisiens portaient des vestes en amiante dans les années 1850.

L’aube de la révolution industrielle a fait de l’amiante une industrie mondiale au début du xxe siècle. Plus de trente millions de tonnes ont été extraites dans le monde au cours des cent dernières années, et pendant ce temps l’amiante est devenu l’un des dangers environnementaux les plus répandus.

Les maladies pulmonaires ont suivi la montée parabolique de l’amiante en popularité. La première mort documentée de l’amiante a été enregistrée en 1906. Lors de l’autopsie, d’énormes quantités de fibres d’amiante ont été trouvées dans les poumons d’un travailleur du textile âgé de trente ans ; le matériau l’avait en effet étouffé de l’intérieur. Mais la consommation américaine d’amiante n’a atteint son sommet qu’en 1973, plusieurs décennies après que ses effets sur la santé eurent été connus. Les fibres d’amiante ne peuvent pas être vues, goûtées ou senties. En l’absence de problèmes de santé aigus immédiats, l’exposition à l’amiante peut persister pendant de nombreuses décennies. Le corps humain ne peut pas dégrader l’amiante ou s’en débarrasser, et une fois inhalé il s’accumule sans cesse dans les poumons, provoquant progressivement des cicatrices.

Le cancer? Oui, c’était aussi un problème. En 1938, les rapports ont montré que l’amiante a causé un cancer rare de la muqueuse du poumon appelé «mésothéliome pleural». Mais reconnaître l’amiante comme cancérogène et l’admettre étaient deux choses complètement différentes ; les sociétés d’amiante ont lutté avec ténacité pour réfuter les faits sur leur produit hautement lucratif.

Dans les années 1940, le chercheur Leroy Gardner a prouvé le potentiel cancérogène de l’amiante lorsque 82 % de ses souris expérimentales qui avaient inhalé de l’amiante ont développé un cancer. C’était plus qu’un peu préoccupant. Le Dr Gardner était frénétique de faire connaître ses nouveaux résultats scientifiques, mais son commanditaire, la Johns Manville Corporation, lui a rappelé son obligation au silence en raison de son contrat. Selon leur accord de recherche, la société avait un droit de censure. Les études, qui étaient initialement entreprises pour démontrer l’innocuité de l’amiante, avaient plutôt prouvé le contraire. Par conséquent, pendant plus de quatre décennies, aucun de ces résultats scientifiques potentiellement vitaux n’a vu le jour. La suppression de cette information vitale a permis aux entreprises de faire des profits généreux. Une fois de plus, comme dans la Rome antique, l’amiante était prisé tandis que les vies humaines pouvaient être sacrifiées. En 1973, le premier procès contre les fabricants d’amiante a été gagné, ouvrant la porte à d’autres. Cela a rapidement conduit tous les producteurs d’amiante à la faillite. Les réclamations contre les fabricants d’amiante se poursuivent, constituant l’un des plus importants litiges de masse de l’histoire des États-Unis. Seuls les procès intenses des années 1980 ont finalement rendu publique la correspondance déchirante entre le Dr Gardner et son commanditaire corporatif.

Dans les années 1950, avant l’adoption généralisée de l’amiante dans les matériaux de construction de maisons, le taux de référence estimé du mésothéliome était de 1 ou 2 cas par million. En 1976, l’incidence était passée à 15000 cas par million. C’est une horrible augmentation de 1,5 million pour cent de l’incidence. Il était estimé que les hommes nés dans les années 1940 avaient 1 % de risque de développer un mésothéliome au cours de leur vie. Mortel. D’une maladie extrêmement rare, presque inédite, à un cancer affectant une grande proportion de la population, le mésothéliome ne pouvait être attribué qu’à une cause environnementale : l’amiante. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a publié ses premiers avertissements sur l’amiante qu’en 1986, bien après que les dangers ont été rendus évidents. C’était comme fermer la cage après que les oiseaux se sont envolés.

L’amiante et le tabac figuraient parmi les premiers cancérogènes chimiques connus, mais ils ne seraient pas les derniers. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui fait partie de l’OMS, tient à jour une liste de cancérogènes humains connus et soupçonnés classés selon les groupes suivants.

– Groupe 1 : cancérogène pour l’homme

– Groupe 2A : probablement cancérogène pour l’homme

– Groupe 2B : peut-être cancérogène pour l’homme

– Groupe 3 : inclassable

– Groupe 4 : probablement pas cancérogène pour l’homme

Les cancérogènes du groupe 1 comprennent un large éventail de produits chimiques artificiels, de l’acétaldéhyde et de l’arsenic au chlorure de vinyle. Mais de nombreuses substances naturelles apparaissent également sur cette liste, comme l’aflatoxine (trouvée dans les champignons moisis) et la sciure fine. Certains médicaments sont cancérogènes, comme le médicament chimiothérapeutique cyclophosphamide. Intéressant – un médicament utilisé pour guérir le cancer peut aussi le causer. La radiation, parfois utilisée pour guérir le cancer, peut aussi le causer. Ironique.

En 2018, cent vingt agents étaient répertoriés comme des cancérogènes du groupe 1. Cela se compare à un agent solitaire dans le groupe 4 (le caprolactame, utilisé pour fabriquer du nylon, des fibres et des plastiques). C’est étrange: il y a beaucoup de choses qui peuvent provoquer le cancer et seulement une qui ne le fait probablement pas. Nous reviendrons à cette idée plus tard.

LA RADIATION

L’une des plus grandes scientifiques dans le domaine des rayons X et de la radioactivité a également été l’une des premières à en mourir. Marie Sklodowska Curie (1867-1934), enfant prodige, est née en Pologne, la plus jeune d’une famille de cinq enfants. En 1891, elle s’installe à Paris et rencontre Pierre Curie, qui devient son mari et avec qui elle travaille dans un partenariat remarquable jusqu’à ce que la mort les sépare.

En février 1898, les Curie travaillaient avec de la pechblende contenant de l’uranium et trouvaient qu’elle émettait beaucoup plus de radiations qu’ils ne s’y attendaient. Déduisant la présence d’une substance radioactive encore inconnue, ils découvrirent un nouvel élément qu’ils nommèrent «polonium», en l’honneur de la patrie de Marie. Le polonium était 330 fois plus radioactif que l’uranium.

La pechblende était encore radioactive même après l’extraction du polonium, alors que les Curie ont traité le matériel restant pour extraire les quantités minuscules d’un autre élément nouveau. Quelques mois seulement après la découverte du polonium, ils ont isolé le radium pur. Le cahier où Pierre Curie a griffonné le mot «radium», inventé à partir du mot latin signifiant «rayon», est encore très radioactif. Le radium était la substance la plus radioactive qui ait jamais été découverte.

Marie Curie a reçu le prix Nobel de physique en 1903 pour sa découverte de la radioactivité. La mort soudaine de Pierre, en 1906, dans un accident à Paris, n’arrêta pas ses réalisations scientifiques prodigieuses. En 1911, elle fut honorée par un second prix Nobel, en chimie cette fois ; elle demeure la seule personne dans l’histoire à réaliser ce doublé. Le radium, élément récemment découvert, brillait dans l’obscurité, ce qui a rapidement capté l’attention du public. Bientôt, des produits de consommation laqués au radium, tels que des montres-bracelets qui brillaient dans le noir, étaient en cours de fabrication. Plusieurs millions de cadrans de montre ont été peints à la main avec du radium par des milliers de jeunes femmes. En raison des détails fins, le «Radium Girls» humidifiaient les pinceaux avec leur bouche, ingérant par inadvertance de la peinture au radium.

En 1922, il était devenu clair que quelque chose n’allait pas, alors que les Radium Girls commençaient littéralement à se désintégrer. Leurs dents tombaient sans raison apparente. Un dentiste a noté que, lorsqu’elle était poussée doucement, une mâchoire entière tombait en morceaux. En 1923, cette grave détérioration osseuse était si bien connue qu’on l’appelait «mâchoire de radium». Le radium ingéré se logeait dans les os de la mâchoire et ne cessait d’émettre des radiations qui brûlaient essentiellement l’os et les tissus environnants. Une Radium Girl est morte quand les tissus de sa gorge ont dégénéré et qu’elle a eu une hémorragie de la veine jugulaire. Une autre, se promenant dans sa maison en pleine obscurité, a noté que ses os brillaient dans le miroir. Son corps avait absorbé tellement de radium qu’elle était carrément phosphorescente, une «fille fantôme». Celles dont le corps ne tombait pas en poussière ont développé d’énormes cancers des tissus mous, appelés «sarcomes». Dans les années 1930, il était notoire que l’exposition chronique à la radiation causait le cancer.

De nos jours, ceux qui s’exposent régulièrement à la radiation portent des vestes protectrices en plomb; or Marie Curie et ses collègues ont travaillé jour après jour sans aucune protection, dans un environnement bombardé par les radiations les plus puissantes connues. Les horreurs des maladies liées à la radiation ne les ont pas épargnés. L’un après l’autre, ils en sont morts. Les décennies d’exposition aux radiations de Marie Curie l’ont laissée avec des maladies chroniques ; le radium a détruit sa moelle osseuse (anémie aplasique). En 1995, lorsque les corps des Curie ont été transférés au Panthéon à Paris, afin que les deux puissent être honorés parmi les figures historiques les plus importantes de France, des cercueils doublés de plomb ont été utilisés pour protéger les visiteurs de leurs restes dangereusement radioactifs. Ils demeureront dans ces étuis protecteurs pendant au moins mille cinq cents ans. Les notes personnelles et les artefacts de Marie Curie, exposés au public, sont également très radioactifs.

La fille aînée de Marie et Pierre Curie, Irène Joliot-Curie, et son époux, Frédéric Joliot-Curie, ont pris le relais et ont entamé le travail pionnier de la famille sur les radiations. Les deux ont codécouvert la radioactivité artificielle, ce qui leur a valu le prix Nobel de chimie en 1935. Mais Irène ne sera pas épargnée, elle non plus, par la malédiction des maladies dues à la radiation. Elle meurt d’une leucémie à l’âge de cinquante-sept ans à l’Institut Curie, à Paris.

Le risque de cancer augmente linéairement avec la dose de radiation. La radiation est classée comme ionisante ou non ionisante. La radiation ionisante transporte suffisamment d’énergie pour briser les liaisons moléculaires et créer des ions, endommageant ainsi l’ADN d’une cellule. Les cellules qui survivent contiennent des chromosomes instables, plus sujets aux mutations lorsque la cellule se réplique. Depuis des décennies, la radiation est classée comme un agent cancérogène du groupe 1. La radiation non ionisante est moins intense, de sorte qu’elle peut souvent être dissipée sans endommager durablement les tissus.

Bien que la radiation chronique soit cancérogène, la radiation aiguë peut ne pas l’être autant qu’on l’avait craint initialement. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le bombardier américain Enola Gay a largué la première bombe atomique sur la ville japonaise d’Hiroshima le 6 août 1945. Sa charge a tué environ 80 000 personnes instantanément, et d’autres sont mortes plus tard de l’exposition aux radiations et de brûlures. Cependant, la plus grande inquiétude pour les survivants était le risque latent de cancer en raison de cette exposition massive à la radiation. En 1950, la Commission des victimes de bombes atomiques et la Life Span Study ont surveillé les survivants de la bombe atomique et leurs enfants au cours des soixante-cinq années suivantes. Bien qu’il y ait certainement eu un excès de cancers, l’ampleur n’était pas aussi terrible qu’on l’avait craint.

Le graphique suivant montre les taux excédentaires de cancers qui peuvent être attribués à la bombe atomique dans la partie foncée des bandes. Les zones pâles montrent le risque de cancer de base (voir la figure 4.1).

Les survivants de la bombe atomique sont généralement perçus comme étant fortement touchés par le cancer, avec des enfants horriblement déformés, mais la réalité est, heureusement, tout autre. Les taux de cancer ont augmenté, mais minimalement (généralement de moins de 5%), et l’espérance de vie a été raccourcie de quelques mois seulement. Le risque était réel, néanmoins l’ampleur était largement imaginée.

Toute vie sur Terre est constamment exposée à des radiations ionisantes naturelles qui émanent de l’espace extra-atmosphérique. Les cellules se protègent grâce à des défenses antioxydantes accrues et une apoptose induite par la radiation. Lorsque les cellules sont irréversiblement endommagées par la radiation, elles subissent un «suicide rituel» (l’apoptose) et sont retirées du corps. Revenons donc à notre question initiale : quelles sont les causes du cancer (voir la figure 4.2)?

Nous savions que certains agents chimiques causaient le cancer. Nous savions aussi que des agents physiques comme les radiations le provoquaient (voir la figure 4.2). Mais, bientôt, une théorie extravagante était proposée: et si le cancer était causé par un virus?

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